Encoprésie et Caca farceur: Dessine-moi ton problème. Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79.



Personnification du problème, externalisation, utilisation du dessin et imaginaire partagé, c’est toute la technique adoptée ici pour traiter le « problème » d’un tout jeune patient. Et c’est ainsi que ses « petits accidents » deviennent « caca dans la culotte » et pour finir « Caca farceur ».

En tant que médecin généraliste, j’ai partagé depuis 2017 mon activité en deux parties : la première partie consiste en ma fonction de médecin généraliste que je qualifierai de « standard », et l’autre moitié de mon temps est consacrée à recevoir des patients pour des motifs de médecine générale avec une pratique d’hypnose, donc moins habituelle pour un médecin généraliste.

J’aimerais témoigner d’une prise en charge en hypnose pour le motif d’encoprésie pour un petit garçon que je nommerai Jérémy, âgé de 6 ans. C’est la première fois depuis que je suis installée que je reçois un enfant pour ce motif, même en médecine générale « standard ». J’ai davantage l’habitude du motif d’énurésie et je vais utiliser les mêmes techniques pour ce motif d’encoprésie, à savoir personnification du problème, externalisation, sur le modèle décrit par Michael White1, 2 , et également l’utilisation du dessin avec la technique des trois dessins de Joyce Mills3 , la co-construction de la solution avec un imaginaire partagé, le mien et celui du patient.

Jérémy vient avec sa maman. Comme ce sont les vacances scolaires et qu’elle est davantage disponible, elle a pris deux rendez-vous à une journée d’intervalle, le premier pour m’exposer le problème de son enfant, et le deuxième rendez-vous pour que je le vois en consultation d’hypnose.
Ci-après, le script de la première séance avec la maman et Jérémy : je mettrai (entre parenthèses) quelques repères de stratégie de questionnement de la boucle « intentionaction-effet » développée en TLMR, avec l’idée que le problème a une intention qui produit des effets par son action dans le but de déconstruire ce scénario pour le remplacer par un autre.

- Thérapeute : « Alors, dis-moi Jérémy, est-ce que tu sais pourquoi tu es ici ? C’est quoi ton problème ?
- Jérémy : Non, je ne sais pas.
- Th. : Alors, qu’est-ce qui fait que maman t’a amené ici ? C’est pour faire plaisir à qui, que tuesici?
- Jérémy : A maman... et à papa !
- Th. : D’accord. Et est-ce que tu sais ce qui ferait plaisir à maman et à papa ? En quoi papa et maman seraient contents si ton problème était résolu?
- Jérémy : Je ne sais pas...
- Th. : Jérémy, est-ce que tu es d’accord à ce que maman m’explique “c’est quoi ton problème” qui fait que maman t’amène ici ?
- Jérémy : Oui. »

La maman m’explique l’encoprésie qui existe depuis l’arrêt de la Dépakine, traitement mis en place lors d’une crise d’épilepsie à l’âge de 2 ans et demi, arrêté lorsqu’il a eu 4 ans et demi. A l’arrêt du traitement, sont apparus de grosses crises de colère et troubles du comportement et encoprésie. Après une prise en charge avec psychologue, pédopsychiatre, les crises de colère se sont amendées, par contre l’encoprésie est restée. Il est suivi par une gastropédiatre qui a expliqué qu’il n’y avait pas de raison psychologique à son trouble mais une raison organique de sphincter hypertonique qui, quand il se relâche un peu, crée ces « accidents ». C’est le nom que maman donne à son trouble, « petit accident » plus exactement. Jérémy a déjà fait de l’hypnose pour ce motif, sans résultat, mais ne sait pas me dire ce qu’il a fait. On parle longuement des répercussions sur le fonctionnement de la famille, à l’école également, et la crainte de la maman de l’entrée en CP en septembre qui s’approche et « ça ne va plus être possible ».

- Th. : « Jérémy, maman appelle ton problème “petit accident”, comment tu l’appellerais, toi ? Jérémy : Je ne sais pas.
- Th. : Tu vois Jérémy, quand maman dit “accident”, je vois deux voitures qui se rentrent edans (je mime avec mes mains). Comment tu l’appellerais toi ton problème ?
- Jérémy (après un temps de réflexion) : “Un caca dans la culotte”.
- Th. : “Un caca dans la culotte”, d’accord. Comment il s’y prend “caca dans la culotte” pour poser problème ?
- Jérémy : Je ne sais pas.
- Th. : J’ai l’impression qu’il met le bazar en tout cas dans la famille...
- Jérémy : Oui.
(Jérémy accepte ici l’hypothèse que j’émets au sujet de l’intention du problème et les effets sur la famille.)
-Th.:Et ça te fait quoi, à toi, qu’il mette le bazar “caca dans la culotte” ?
- Jérémy : Ça me rend triste (on a les effets produits sur lui).
- Th. : Ça te rend triste, OK. Tu sais, on se voit demain, est-ce que ça te dirait de me faire des dessins pour demain ?
- Jérémy : Oui.
- Th. (je sors une ordonnance pour noter la tâche thérapeutique) : Super ! Alors, le premier dessin il s’appelle “c’est quoi mon problème ?”, le deuxième dessin il s’appelle “c’est comment quand caca dans la culotte a disparu ?” (je ne lui demande pas de faire le dessin intermédiaire “comment on fait pour passer du dessin 1 au dessin 2”, car on va le faire ensemble le lendemain en co-construction), et le troisième dessin, j’aimerais que tu me dessines comment tu imagines ton corps, “comment c’est dans ton ventre avec le caca ?”. »

Le lendemain, Jérémy revient avec ses dessins.

• Le premier dessin, il est représenté d’une couleur uniforme « doré brun », ses contours et le caca qui est dans son ventre ont la même couleur, il tient dans sa main une couche avec le caca. Tout est de la même couleur, comme si tout est « un », il « est » le problème. Il est seul sur le dessin. Ses parents ne sont pas représentés.

• Le deuxième dessin, « quand caca dans la culotte a disparu », est plein de couleurs. Les parents sont à côté, ont le sourire, des cœurs à côté de chacun, il y a au-dessus de lui quelque chose avec plein de couleurs (un papillon, m’expliquera-t-il) et un arc-en-ciel. Il y a un WC bleu et du jaune dans les WC. Jérémy est représenté avec le sourire et un cœur aussi au-dessus de lui.

• Le troisième dessin : la représentation de son corps, de son ventre et du caca. Il est de la même couleur que le premier dessin, mais il tient dans sa main gauche des couverts jaunes et de l’autre côté une assiette avec des petits pois verts et du poulet. Dans son ventre, il y a du brun et un peu de vert.

Je commence par lui demander s’il a compris ce que le docteur spécialiste qui le suit a expliqué à maman au sujet de caca dans la culotte et du fonctionnement de son corps. De façon non surprenante de mon point de vue, il me dit que non. Je lui propose de lui expliquer avec un dessin de docteur, il accepte. Bien sûr, je lui demande de m’excuser parce que je dessine très mal. Après quelques explications dessinées et colorées sur ce que deviennent les aliments, par où ils passent, j’en arrive aux intestins et je mime la façon dont le caca glisse dans un toboggan, monte, descend, va à gauche, à droite, pour arriver dans une poche qui ressemble à un ballon (le même que celui qu’il a choisi tout à l’heure dans mon cabinet, et qu’il tient dans sa main, il est vert).

Nous essayons tant bien que mal de gonfler ce ballon et je fais un petit nœud au ballon...

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Dr Corinne Paillette

Médecin généraliste exerçant au Havre en libéral depuis 1995. Formée à l’hypnose et aux thérapies brèves, notamment de 2002 à 2004 à l’Institut Milton H. Erickson de Normandie, à l’hypnose et aux thérapies créatives de 2016 à 2018, ainsi qu’aux thérapies stratégiques en 2019 (Emergences), et en cours de formation Thérapies des liens et des mondes relationnels année 1 (Institut Miméthys) en 2025. Co-responsable pédagogique et formatrice au sein de l’IMHEN depuis 2018 avec Yves Halfon et Jacques Lesieur. Présidente de l’Institut Milton H. Erickson de Normandie (IMHEN) depuis juin 2020.

Pour lire la suite de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 79: Nov. / Déc. 2025 / Janv. 2026

DEPRESSION

Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente ce n°79…

8 / Éditorial :
Le partage de l’imaginaire pour faire émerger des ressources Julien Betbèze
10 / En couverture : Gabrielle Grimaldi Pics et dentelles d’aquarelle Sophie Cohen
12 / Hypnose et imagination créatrice Une poétique de l’action Alexandru Cupaciu.
16 / Acrophobie Externaliser pour se réassocier et retrouver le souffle Anne Malraux
26 / Hypnose de spectacle et hypnose clinique. Deux visages, deux finalités, une double vigilance éthique Fabrice Lakdja et Gérard Ostermann
32 / Quel est le premier souvenir qui vient ? Dissoudre une problématique figée en s’appuyant sur un souvenir source Michel Lamarlère
44 / Du divan au fauteuil Sortir de la répétition des schémas relationnels antérieurs Sylvie Le Pelletier-Beaufond

ESPACE DOULEUR DOUCEUR
50 / Introduction Gérard Ostermann
54 / Encoprésie et Caca farceur Dessine-moi ton problème Corinne Paillette
62 / L’anéjaculation Quand la panne sex-prime Karine Ficini
73 / Boules de couleur en chirurgie dentaire « Elle courait dans sa tête » Thierry Hueber

84 / DOSSIER DÉPRESSION
86 / Défaut et faute : Les agents doubles de la dépression Wilfrid Martineau
96 / Dépression et renoncement Mouvement de bascule et choix Alain Vallée

QUIPROQUO
104 / Renoncement S. Colombo, Muhuc

BONJOUR ET APRÈS...


108 / Denise, Son sommeil abîmé et ses cauchemars Sophie Cohen

LES CHAMPS DU POSSIBLE

112 / L’écho silencieux : Quand le corps du thérapeute devient miroir du traumatisme Adrian Chaboche

CULTURE MONDE
116 / La naissance à l’envers. Restaurer les potentiels d’auto-guérison Sylvie Le Pelletier- Beaufond

LIVRES EN BOUCHE
120 / J. Betbèze, S. Cohen

124 / ESPACE FORMATIONS

Illustrations: Gabrielle Grimaldi





Rédigé le Vendredi 27 Mars 2026 modifié le Vendredi 27 Mars 2026
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- Vice-Président de France EMDR-IMO ® - Président du Collège d'Hypnose et Thérapies… En savoir plus sur cet auteur



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