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Pédagogie Kaddouch. Dr Dina Roberts

Revue Hypnose & Thérapies brèves n°44



Pédagogie Kaddouch. Dr Dina Roberts
Ce « pas de côté » vers la pédagogie musicale est né de ma rencontre avec Julien Laroche lors d’une conférence sur le thème « Jouer ensemble », organisée par des danseurs. J’ai été immédiatement tentée de l’inviter ici quand je l’ai entendu se définir comme « chercheur indiscipliné » plutôt qu’interdisciplinaire. Sa démarche même est faite de pas de côté : il part du phénomène qu’il étudie et convoque les disciplines qui permettent de l’éclairer. Ses études sur les interactions sociales l’ont amené à travailler sur l’improvisation musicale dans la méthode Kaddouch. Il mène des recherches sur ce sujet avec Ilan Kaddouch, professeur dans l’école Kaddouch & Music et fils de son fondateur (Robert Kaddouch).

Alors que je ne suis pas du tout musicienne, je découvre que cette méthode pédagogique musicale pourrait venir enrichir mes réflexions sur la relation en hypnose, la posture du thérapeute, le processus de changement… Leurs explications sur leurs travaux et la lecture de leurs articles me permettent de me faire une idée plus précise de leur travail. Cependant, ayant choisi de passer avant tout par le partage d’expériences (vécues et non uniquement décrites), me voilà assise devant un piano à côté d’Ilan. Il me propose simplement d’improviser ensemble. Il n’y a plus qu’à se lancer, sans aucun bagage technique, dans l’exercice.

La pédagogie Kaddouch est une méthode d’apprentissage musical basé sur des interactions improvisées. L’une des situations typiques d’enseignement consiste en une improvisation libre et sans consigne, à quatre mains au piano. L’élève est assis à droite de l’instrument et joue avec le professeur qui est à sa gauche. L’interaction est au cœur de la méthode. Le professeur ne cherche pas à agir directement sur l’élève mais à agir sur leur relation. L’apprentissage personnel naît de cette interaction.

La situation d’improvisation engage l’individu dans sa globalité : sa relation à lui-même, à l’environnement (l’instrument) et à l’autre. Il doit coordonner son corps au piano et à l’action du professeur pour créer de la musique avec lui. Cela lui pose un problème inédit qui ne pourra être résolu que par sa créativité. Le professeur ne sait pas non plus à l’avance comment répondre à cette situation nouvelle et est ainsi dans la même situation que l’élève. Ils sont alors amenés à créer ensemble une solution.

L’élève commence à jouer et le professeur valide dans un premier temps le choix qu’il fait. Pour cela, il écoute son jeu, l’analyse et l’accompagne en l’imitant. Ainsi il se synchronise d’abord à la représentation qu’il s’est fait du jeu de l’élève. Puis cela lui permet d’incorporer cette représentation et de vivre l’expérience avec lui. Il passe alors à un niveau de synchronisation profonde, d’empathie. Cela lui permet d’explorer de manière interactive les tendances intrinsèques de l’élève. Il stabilise ainsi ces zones de « réussite spontanée » qui pourront servir d’ancrage à l’apprentissage d’autres motifs. Ces solutions privilégiées sont influencées par l’organisation du système moteur de l’individu, son histoire et les normes sociales.

Lors de cette exploration, le professeur peut sentir que l’élève s’enferme dans ses habitudes, qu’elles deviennent stéréotypées. Il n’est plus réceptif à la relation, plus en mesure de s’adapter. Le professeur peut alors choisir d’effectuer une action de blocage pour souligner le problème, le rendre manifeste à l’expérience, et pour qu’une solution nouvelle puisse émerger. Il n’est plus simplement en train d’accompagner l’élève dans son jeu mais il bifurque en devenant lui-même autonome dans la relation. L’élève est déstabilisé dans ses habitudes car s’il ne suit pas la bifurcation, il n’y aura plus d’entente musicale. Il est ainsi invité hors de sa zone de confort : pour rester en relation, il doit s’adapter et donc changer. Ce blocage crée le plus souvent une phase diachronique : les deux partenaires ne sont plus synchronisés, ils ne jouent plus ensemble. Lorsque les habitudes de l’élève sont très ancrées, il peut arriver que ce blocage soit brutal et fasse intentionnellement sonner faux le jeu de l’élève. Le professeur et l’élève se retrouvent ensemble dans une situation instable et la solution émerge d’une création commune. L’élève doit faire preuve de flexibilité pour s’adapter et sort ainsi de ses automatismes. Il peut parfois accéder à un apprentissage fulgurant.

Passer par l’interaction pour provoquer un changement est plus efficace que d’essayer d’agir directement sur la personne. Il a été montré que les comportements individuels sont attirés par la dynamique collective. Chacun en a probablement déjà fait l’expérience, par exemple sur un trottoir lorsque nous aimerions nous décaler pour laisser passer la personne d’en face mais que nous bougeons en miroir l’un de l’autre, de manière très synchronisée et restons donc face à face. Il est extrêmement difficile de ne pas se coordonner à l’autre. Lorsque le professeur se décale du jeu de l’élève, il s’attend à ce que l’attraction de la coordination soit suffisamment forte pour que l’élève le rejoigne, sortant ainsi de ses habitudes rigides et lui permettant de découvrir un nouveau champ.




Des étoiles pour nous guider. Sophie Cohen
Chères lectrices et chers lecteurs, Comme vous le savez certainement, le monde de l’hypnose vient de perdre l’une de ses grandes figures en la personne de François Roustang. Il a été l’un des grands « penseurs » de l’hypnose. Il a en particulier cherché à définir et comprendre ce qui se déroulait dans une rencontre et lors d’une séance. Nous lirons l’hommage de Jean-Marc Benhaiem, son ami et disciple.

Se réinventer grâce à l’hypnose. Nicole Prieur
Une nécessité pour notre XXIe siècle. Notre siècle génère de nouvelles souffrances liées aux progrès mêmes qu’il a mis en œuvre. L’accélération de notre époque impose un rapport au temps très paradoxal, nous n’avons jamais eu autant de temps à notre disposition (davantage de temps de loisirs, plus grande espérance de vie) et pourtant nous en manquons sans cesse au regard de toutes les tâches à faire en un temps donné. 

Les suggestions directes. Dr Dominique Megglé
Qu’en pense le Docteur Erickson ? Dominique Megglé a fait un vrai travail de recherches dans tous les livres et articles d’Erickson. Il développe sa pensée qu’il avait déjà en partie évoquée dans le numéro 30 de notre Revue. Des échanges avec des spécialistes ont invité Dominique Megglé à réaliser davantage de recherches. 

Anorexie/boulimie : véritable enjeu de santé publique. Dr Bruno Dubos
Les données de l’Inserm s’accordent sur deux constats : 0,5 % des jeunes filles dans leur dix-huitième année, et seulement 0,03 % des garçons, présentent des symptômes évocateurs d’anorexie. Le deuxième aspect est que ces troubles évoluent vers la chronicité. Ces problèmes représentent un véritable défi pour les thérapeutes et donc pour les hypnothérapeutes que nous sommes. Lorsqu’il m’a été confié la responsabilité de diriger ce numéro thématique sur l’anorexie et la boulimie, le titre m’est venu spontanément : « Un nouveau regard ».

Anorexie : du symptôme aux processus. Dr Bruno Dubos
L’anorexie et la boulimie sont un véritable défi pour les thérapeutes. Mais plutôt que de parler d’anorexie ou de boulimie, il convient de prendre en compte qu’il s’agit de patientes, adolescentes ou moins jeunes qui viennent dans nos cabinets de consultation avec ce symptôme. La réputation de ces problèmes est particulière, renforcée il est vrai par nos expériences en thérapie avec ces patientes.

La réassociation dans les troubles alimentaires. Sophie Cohen
Le thème de la réassociation est souvent peu traité. On parle et on écrit en effet volontiers de la dissociation en hypnose. La dissociation est utile dans nombre de situations où, par exemple, des soins génèrent de la douleur. Ainsi l’on enseigne le savoir-accompagner le patient dans un état dissociatif. Dans un ensemble de pathologies, savoir si une personne est dissociée ou associée n’est pas pris en compte. Alors que la dissociation spontanée peut représenter une protection naturelle dans les premiers temps d’une situation, elle devient pathologique si elle s’inscrit comme une façon d’être dans la durée.

Thérapie du couple parental. Dr Patrice CHARBONNEL
L’anorexie mentale est une pathologie essentiellement féminine qui se révèle le plus souvent juste après la puberté. Ce trouble des conduites alimentaires associe des symptômes de comportements nutritionnels (privation alimentaire stricte et volontaire pendant plusieurs mois ou années, éviction de certains aliments, phases boulimiques) et somatiques (aménorrhée, arrêt de la croissance chez l’adolescente) à des symptômes psychologiques (perception déformée de son corps et en particulier de sa maigreur, peur de grossir, besoin de contrôle sur le corps, obsessions alimentaires, hyperactivité, surinvestissement intellectuel, régression en âge émotionnel).

« Au fait, j’y pense, j’ai oublié d’vous dire… » Dr Stefano Colombo
Frédéric venait de poser son téléphone. Après d’innombrables hésitations, il avait pris la décision de consulter un thérapeute. Cela faisait un bon moment que son épouse insistait pour qu’« il voit quelqu’un ». « Ça te fera du bien, précisait-elle, on ne peut pas continuer ainsi. » Il en avait conscience. Il partageait l’avis de sa femme tout en se questionnant sur l’efficacité d’une telle démarche.

Des étoiles pour guide. Sophie Cohen
Des étoiles... des stars... en anglais... des personnes... des personnes de passage avec une présence merveilleuse... comme ça, une chaleur offerte à ce moment-là...
Au bon moment... Des personnes comme de petites ou de grandes étoiles... Etoiles qui clignotent dans le ciel dont la lumière éclaire les larmes de joie qui ruissellent sur nos visages... Qui n’a pas pleuré sous un ciel étoilé ? Qui ne s’est pas ému devant la fragilité de nos vies ?

Les champs du possible. Dr Adrian Chaboche
Chers lecteurs, continuons de nous interroger sur la façon dont l’hypnose amène à réinstaller un mouvement dans la vie du patient. Et enrichissons-nous de prolonger la réflexion : n’appartient-il pas déjà au thérapeute d’être dans son mouvement et s’autoriser à ne plus savoir pour entrer dans la créativité thérapeutique ? Autant que deux danseurs, le thérapeute serait alors celui qui ouvre le premier pas à l’aide d’une suggestion, autant que d’une main il invite son partenaire à s’avancer.

Pédagogie Kaddouch. Dr Dina Roberts
Ce « pas de côté » vers la pédagogie musicale est né de ma rencontre avec Julien Laroche lors d’une conférence sur le thème « Jouer ensemble », organisée par des danseurs. J’ai été immédiatement tentée de l’inviter ici quand je l’ai entendu se définir comme « chercheur indiscipliné » plutôt qu’interdisciplinaire. Sa démarche même est faite de pas de côté : il part du phénomène qu’il étudie et convoque les disciplines qui permettent de l’éclairer. Ses études sur les interactions sociales l’ont amené à travailler sur l’improvisation musicale dans la méthode Kaddouch.

Entretien avec le Docteur Jeffrey Zeig. Dr Gérard Fitoussi
Bonjour Docteur Zeig, vous avez une énorme influence dans le champ de l’hypnose ericksonienne, pouvez-vous nous donner des précisions sur votre cheminement personnel ? Jeffrey Zeig : J’ai commencé à étudier l’hypnose à l’université de San Francisco au moment de mon master de psychologie clinique. Un des psychiatres présents, qui était mon superviseur, m’a fait connaître l’hypnose et m’a indiqué qu’une des meilleures façons de la découvrir était de l’expérimenter moi-même.

Livres en bouche. Dr Grégory Lambrette
Compte-rendu. Voilà qu’à l’occasion de la rentrée littéraire de septembre 2015 est arrivé sur les étagères de nos librairies non pas un, mais deux ouvrages signés de la main de Giorgio Nardone, l’une des figures de proue les plus actives et créatives du modèle stratégique en psychothérapie. On le sait, Nardone cultive depuis plusieurs décennies maintenant un art du changement consistant à trouver des solutions simples aux problèmes insolubles comme il le qualifie lui-même.

Colloque « L’œuvre de François Roustang ». Dr Grégory Tosti
Le 23 novembre 2016, François Roustang s’est éteint à l’âge de 93 ans. Psychanalyste dissident, philosophe, hypnothérapeute, écrivain, cet ancien jésuite a bouleversé la pratique et la compréhension de l’hypnose et a créé en 1996, avec le Dr Jean-Marc Benhaiem, l’Association française pour l’étude de l’hypnose médicale (AFEHM) ; association qui donna le jour au premier Diplôme universitaire d’hypnose médicale en 2001.

Recherches: les applications. Dr Lauriane Bordenave et Dr Adrian Chaboche
La neurochirurgie éveillée est un mythe qu’on agite souvent lorsqu’on parle d’hypnose au bloc opératoire. Sauf qu’il s’agit d’une réalité. La preuve avec cette belle série française. Les glioblastomes de bas grade sont des tumeurs cérébrales malignes infiltrantes, et le défi de la chirurgie est de trouver le meilleur compromis entre l’exérèse la plus complète possible et la préservation des tissus sains adjacents. Pour ce faire, certaines équipes réalisent des craniotomies sur des patients éveillés.

Hommage à François Roustang. Dr Jean-Marc Benhaiem
Je m’exprime au nom de tous les soignants, médecins, psychologues si nombreux à avoir lu, entendu, aimé et intégré l’œuvre de François Roustang dans leur pratique. Je parle aussi, bien entendu, en mon nom propre. François a bien voulu s’associer à mon projet de formation. Nous avons ainsi travaillé ensemble pendant vingt années, côte à côte, dans notre association d’enseignement de l’hypnose médicale et au sein de l’Université Paris VI à la Pitié-Salpêtrière.



Rédigé le 07/08/2017 modifié le 30/08/2017

Laurent Gross
Laurent Gross, est Hypnothérapeute et Kinésithérapeute à Paris. Psychothérapeute certifié ARS en... En savoir plus sur cet auteur





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