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Transe, ripailles et émergence. Revue Hypnose Thérapies Brèves 31

Profondeur de transe: éclairage narratif par Béatrice Dameron. Un deuxième et dernier (pour ce numéro en tout cas !) apport eu débat, envoyé spontanément (comme le précédent) par une praticienne de la thérapie narrative. Et qui le nourrit !



Transe, ripailles et émergence. Revue Hypnose Thérapies Brèves 31
Faisant suite à l'excellent article du Dr Dominique Megglé sur l'intérêt de la profondeur de transe

TRIPLE MERCI

Un triple merci à D. Megglé :
• Pour avoir instillé dans son article la vivacité nécessaire pour réveiller la torpeur des premières chaleurs estivales et saluer ainsi la sortie de la « période sèche » de l’hypnose, celle des unanimismes illusoires qui durent ce que durent les temps de crise.
• Pour offrir à nos synapses une bonne controverse, et donc l’occasion de pratiquer quelques étirements qui nous réchaufferont jusqu’aux premiers frimas. Rien de tel en effet qu’une querelle des Anciens et des Modernes pour enflammer derechef le débat à coups de surenchères, et offrir un boulevard aux professions de foi adverses ou autres revendications en intégrisme supérieur. Jusqu’à ce qu’un consensus s’accorde en gros pour reformuler la question initiale et la poser au centre d’un nouveau territoire à explorer.
• Pour sa brève référence à Michael White, même si de mon point de vue qui n’engage que moi, l’essentiel de son enseignement réside ailleurs que dans les cartes narratives. Notons en passant qu’il hésitait à les détailler par écrit, de peur de les rendre trop prescriptives. Il y avait, c’est à craindre, quelque chose en Michael de bisursinien ; par exemple, cette intention de transmettre son expérience tout en respectant fidèlement sa répugnance à « faire école ». Et son obstination à définir la posture éthique du thérapeute comme influente, et aussi décentrée. Ce qui aboutissait en gros à inviter le praticien à mettre en veilleuse sa propre histoire, et à maintenir un questionnement critique concernant l’influence de ses modèles et références sur la relation thérapeutique. Voilà qui serait plutôt de nature à mettre tout le monde d’accord, dommage, c’est trop tôt, la discussion commence à peine.

UN POINT DE VUE NARRATIF

Au-delà de la métaphore des cartes, pas forcément « la » référence narrative pour tout le monde donc, que viendrait faire au juste un point de vue narratif dans le débat soulevé ? Rappelons que, si ma compréhension est correcte, il est question de comparer en les opposant :
• la transe profonde, celle du Maitre, traditionnelle, artisanale et de qualité thérapeutique supérieure - le foie gras donc, réservée à l’élite qu’elle gratifie au surplus de croisières tranquilles, mers tropicales, poissons multicolores, et autres lagons bleus
• à la transe légère-moyenne, moderne ersatz thérapeutique à base de gras de porc, héritée d’un disciple timoré au passé trouble de psychanalyste jungien, débitée à la chaine par des bisounours illettrés, amateurs de malbouffe, et que tant de turpitudes destinent à un naufrage encore bien clément.
Les possibilités d’aborder la question de façon narrative abondant, je proposerai les premières qui me soient venues sur mon pédalo, à me régaler de ces réjouissantes métaphores gustatives et colorées.

BRIÈVETÉ, EFFICACITÉ

Avouons-le courageusement, la recherche de quintessence, n’est pas trop la tasse de thé – ni même la canette de canada dry – du praticien narratif lambda, qu’il s’agisse de transe ou d’autre chose d’ailleurs. Fidèle à l’intégration d’une logique constructiviste dans le champ de la psychothérapie, l’approche narrative invite même à explorer des chemins de traverse bien éloignés des prises de position essentialistes, notamment concernant l’identité. Parce que celles-ci lui paraissent présenter quelques inconvénients au regard des objectifs thérapeutiques. Le premier consiste à enfermer le client dans des cristallisations bi-polarisantes, comme dans la métaphore agricole et minière chère, entre autres, à la psychanalyse : si c’est pas profond, c’est forcément superficiel, et si c’est superficiel c’est sans valeur puisque le minerai, l’inconscient, et le foie gras sont au fond.

Rappelons aussi que l’équivalence : brièveté de la thérapie = critère de performance (tournée générale de gin en prime) ne va pas vraiment de soi, toujours pour le praticien narratif lambda. Il arrive même que des thérapeutes de premier plan poussent le bouchon jusqu’à se vanter de « trainailler » sans vergogne dans les espaces sécures et histoires préférées du patient. Tentons d’expliquer cette bizarrerie. En s’inspirant de l’éthique de M. Foucault, l’approche narrative met la question du pouvoir au centre de sa réflexion. Et invite le praticien à garder un œil aussi vigile que critique sur toute norme culturellement admise, thérapeutique ou non – surtout quand elle s’érige en étalon de la performance. L’idée consiste là à mettre au centre l’histoire du patient, besoins compris, plutôt que la construction du monde du praticien. Par exemple, le déclin rapide de la souffrance ressentie – ou de la plainte selon F. Roustang – constitue généralement un objectif explicitement partagé par le praticien et son patient.

De là à considérer la brièveté de la thérapie comme un indice de performance évident, il y a un pas qui peut s’avérer utile – ou pas, suivant qu’il coïncide avec les besoins du patient, ou plutôt avec les critères du thérapeute. Car si nous reconnaissons les effets disciplinants de nos discours, cela implique qu’un étalonnage proposé implicitement comme naturel ou normal véhicule à son revers une mise en échec potentielle pour qui s’y trouve mesuré, et puisse opérer comme une résurgence de l’« empire de l’efficacité » qui conduirait à challenger le patient sur ses performances et capacités à produire des résultats thérapeutiques rapides. Et mènerait à terme à reproduire dans l’espace thérapeutique les effets normalisants qui précisément ont pu contribuer à l’y conduire, ce qui ne ferait pas précisément nos affaires.
Pour bien clarifier mon propos, je précise que ce qui est questionné là n’est pas la valeur « en soi » de la brièveté en thérapie, mais l’utilité de la promouvoir, dans l’espace relationnel de la cure, au rang d’un enjeu naturel, « allant de soi ».

Par ailleurs, et sans vouloir chipoter toutes les queues de cerise qui dépassent des verres à cocktail, définir l’identité sur un mode essentialiste présente l’inconvénient de fixer les problèmes à l’intérieur du patient comme autant de caractéristiques…essentielles justement, ce qui rend inutilement compliquée, voire paradoxale, l’opération consistant à vouloir ensuite les en déloger.
Nous pensons à l’inverse que l’identité se construit et se négocie en permanence de façon relationnelle, au moyen par exemple des discours que nous tenons à notre propre sujet. Ce qui nous conduit à interroger l’efficacité de nos gestes thérapeutiques suivant une perspective relationnelle : « A quoi est-ce utile, qu’est ce que cela rend possible, et dans quel contexte ? »

Béatrice DAMERON

Psychologue clinicienne psychothérapeute, en exercice libéral en région parisienne. Utilise principalement les pratiques narratives, l’hypnose et l’HTSMA. Intervient également en entreprise. Auteure et coordinatrice de plusieurs ouvrages et articles en pédagogie, thérapie, et coaching.


Transe, ripailles et émergence. Revue Hypnose Thérapies Brèves 31
DIS POURQUOI – Dr Thierry Servillat

Jeune adolescent, Milton Erickson se levait la nuit pour s’occuper du journal de son lycée. Puis se recouchait après avoir écrit des articles qu’il découvrait le matin suivant à son réveil. Il est 22h26. Je ne suis pas trop en transe. Je vais essayer sa méthode pour écrire cet éditorial. Sur quoi pourrais-je le faire ? Qu’est-ce qui m’amusé aujourd’hui ? J’ai bien ri avec ma dernière patiente tout à l’heure, adolescente en proie à des crises de boulimie (sans vomissements). Elle m’a demandé si elle pouvait aller dans du « fantastique », je lui ai donné l’autorisation, puis lui ai simplement proposé, une fois entrée en transe, de monter en montgolfière, verticalement et lentement, pour atteindre les nuages « roses et gris ».

Transe, ripailles et émergence. Revue Hypnose Thérapies Brèves 31
A LA MANIERE DE – Dr Philippe AÏM

POUR VOIR UN PEU PLUS LOIN ? Premier à répondre à Dominique Megglé, c’est avec respect que Philippe Aïm triture la parole du maître. Avec audace aussi, il conjugue humilité et fierté pour contribuer à penser la question de la transmission entre générations. 2007 : Au moment du forum de Liège, je suis interne à Nancy. J’ai à peine 27 ans et je vais découvrir l’hypnose en m’inscrivant au D.U. d’hypnose médicale de Paris VI. Je me prends virtuellement une baffe en écoutant Roustang parler de l’hypnose et je « tombe dans la marmite». J’achète les premiers numéros de la revue HYPNOSE & Thérapies Brèves, et le premier article que je lis est le premier du numéro 1 : « Les thérapies brèves » par D. Megglé. Le style est percutant et attractif, les idées me passionnent. J’entame une autre formation l’année suivante à l’hypnose et aux thérapies brèves à Nantes et je me mets à pratiquer autant que possible.

Transe, ripailles et émergence. Revue Hypnose Thérapies Brèves 31
TRANSE, RIPAILLES ET EMERGENCE – Béatrice Dameron

ECLAIRAGE NARRATIF. Un deuxième et dernier (pour ce numéro en tout cas !) apport eu débat, envoyé spontanément (comme le précédent) par une praticienne de la thérapie narrative. Et qui le nourrit ! Un triple merci à D. Megglé : Pour avoir instillé dans son article la vivacité nécessaire pour réveiller la torpeur des premières chaleurs estivales et saluer ainsi la sortie de la « période sèche » de l’hypnose, celle des unanimismes illusoires qui durent ce que durent les temps de crise. Pour offrir à nos synapses une bonne controverse, et donc l’occasion de pratiquer quelques étirements qui nous réchaufferont jusqu’aux premiers frimas. Rien de tel en effet qu’une querelle des Anciens et des Modernes pour enflammer derechef le débat à coups de surenchères, et offrir un boulevard aux professions de foi adverses ou autres revendications en intégrisme supérieur.

Transe, ripailles et émergence. Revue Hypnose Thérapies Brèves 31
THERAPEUTES EN EXERCICE – Dr Fabienne Kuenzli

S’AFFRANCHIR DES IDÉES RESTRICTIVES. Un exercice à appliquer en supervision de groupe ou avec des professionnels de l’aide en proie à des difficultés. Pour élargir nos possibilités d’être utiles. La critique postmoderne a tenté de nous rendre sensibles à l’influence des idées sur nos pratiques. Jacques Derrida, en parlant de « pratiques déconstructives », nous engage constamment à prendre une position réflexive pour observer l’effet de certaines idées sur nos pratiques. Depuis 1994, j’ai utilisé la notion d’idées restrictives dans ma pratique et mes enseignements, sans la formaliser, pour décrire comment et en quoi certaines idées pourraient influencer nos pratiques. C’est aujourd’hui chose faite et voilà baptisées les nouvelles idées restrictives et leur ribambelle d’influence. Nous appelons « idées restrictives » des idées que nous avons tous reçues, parfois malgré nous, et qui limitent notre relation au monde.

Transe, ripailles et émergence. Revue Hypnose Thérapies Brèves 31
UNE FAIM EN SOI – Cynthia Drici

HYPNOSE ET PROBLEMES DE POIDS. L’hypnose peut avoir une place de choix dans la thérapeutique des problèmes de surpoids et d’obésité. A condition qu’elle prenne délicatement en compte la pluralité des besoins du patient. Cynthia Drici nous montre comment cela peut être entrepris dans le contexte habituel ainsi que celui après une chirurgie bariatrique. S’il est vrai que chaque patient est différent, il y a des problématiques qui sont, elles, très récurrentes et similaires. En effet, tout comme il est fréquent de se voir adresser un patient pour un sevrage tabagique, il est également tout à fait courant de recevoir en consultation un patient (qui la plupart du temps sera d’ailleurs une patiente) qui souhaite « faire de l’hypnose pour perdre du poids ».

Transe, ripailles et émergence. Revue Hypnose Thérapies Brèves 31
ZONE DE CONFORT – Thierry Zalic

LA FACILITÉ D’ÊTRE BIEN. Beau travail d’écrivain thérapeute, autour de l’apport quantique au sein des thérapies brèves. A tout moment, l’individu a le choix d’être bien (ou le mieux possible). Rien ne l’en empêche. C’est à partir de cette proposition, vraisemblable ou non, qu’une part de ma pratique a vu le jour. Elle s’est imposée à moi naturellement, comme un jour la transe pénètre celui qui l’a longtemps cherchée. Quand mes confrères multiplient les séances, une à trois séances suffisent pour que la vie s’allège. Le patient ne comprend plus comment il a pu en être autrement. Lecteur, ne crois pas là à une forfanterie; je témoigne comme il m’intéresse énormément de te voir témoigner.

Transe, ripailles et émergence. Revue Hypnose Thérapies Brèves 31
HYPNO-PHILO : QUAND LA BEAUTE NOUS SAUVE – Dr Thierry Servillat

Le titre du dernier livre de Charles Pépin, jeune (40 ans) professeur de philosophie, ne pouvait que m’interpeler. Surtout avec le Jaune et or de Mark Rothko en couverture. Si comme moi vous n’avez pas encore de culture dans ce champ difficile qu’est l’Esthétique, ce livre est pour vous. La première phrase : « Commencez par imaginer une femme…» démarre fort pour nous hypnothérapeutes. L’auteur nous propose d’avoir affaire à quelques humains qu’il met en situations afin d’illustrer, mais aussi manifestement de penser son propos qui explore la question : que peut-on attendre de la beauté ?

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QUIPROQUO, MALENTENDU ET INCOMMUNICABILITÉ : « AUCUNE IDEE » - Dr Stefano Colombo et Muhuc

-Allô, docteur Reçoit ?
-Bonjour, je regrette mais, actuellement, je ne reçois pas.
-Non, je veux dire : êtes-vous bien le Dr Reçoit ?
- Ah, oui ! Bien sûr : Reçoit en personne.
- J’espère ! Vous n’allez quand même pas consulter par courriel ou Skype.
- Je voulais dire que c’est bien le Dr Reçoit en personne qui vous répond.
- Permettez-moi une question : comment peut-on être médecin et avoir un tel nom?
- Aucune idée.
- Comment aucune idée ?
- Vrai ! Vous avez raison : comment peut-on avoir « aucune idée « si on n’en a pas.
- On n’en a pas de quoi ?
- D’idée justement !

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RECHERCHE : L’HYPNOSE SUR LA VOIE DE LA SUBJECTIVITE – Antoine Bioy

Commençons par une étude épidémiologique d’envergure (Purohit et al, 2013), qui montre que l’hypnose, avec d’autres thérapies « corps esprit » (selon la classification OMS), est un recours spontané pour les patients ayant des troubles neuropsychiatriques (anxiété, dépression, insomnie, maux de tête, troubles de la mémoire, déficits attentionnels, troubles du sommeil journalier). Ainsi, sur plus de 23000 patients, un quart ont recours à ces thérapies complémentaires contre 15% dans la population générale. Les chercheurs montrent également que plus les patients ont de symptômes, et plus ce recours est important. La raison la plus souvent invoquée par les patients est un manque d’efficacité des thérapeutiques médicales traditionnelles. Pour autant, 70% des patients ne parlent pas de ce recours aux thérapies « corpsesprit » à leur médecin.

Transe, ripailles et émergence. Revue Hypnose Thérapies Brèves 31
COINCIDENCES : L’URGENCE DE LA CRÉATIVITÉ – Olivier Prian

Bon anniversaire ! 10 ans déjà ! A cheval sur les années 2002 et 2003, l’effectif au grand complet du service des urgences de la Clinique La Sagesse à Rennes (soit une trentaine de professionnels de santé – infirmières, surveillante, aides soignantes, médecins – et les secrétaires pour la première partie) a suivi la formation « hypnose et douleur aigüe ». Ce fut, est-il besoin de le dire aux lectrices et lecteurs avertis de cette revue, une expérience des plus riches et particulièrement stimulante sur un plan créatif. Chaque session a été l’occasion de découvertes, de déséquilibres et d’apprentissages, en route vers un changement dont nous ne mesurions pas l’ampleur. Un questionnaire distribué un an plus tard soulignait ce changement des pratiques professionnelles à l’unanimité.

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CUISINES ET MERVEILLES : MELONGENE, UNE ENIGME – Joëlle Mignot

Avez-vous déjà caressé une belle mélongène? Avez-vous déjà laissé lentement glisser la pulpe de votre doigt pour en sentir la finesse et le velouté ? Sa peau brillante et lisse est étonnante de douceur et de fermeté, sa robe améthyste profond protège une chair légère et absorbante qui ne demande qu’à se gorger de la meilleure huile d’olive pour en favoriser la cuisson lente et goûteuse, préparant une fête des sens…
« al-bâdinjân » ( ) en arabe puis mélongène en latin, melanzana en italien, elle répond également aux doux noms de brindelle à la Réunion et de bélangère aux Antilles, et patlican en turc où elle trône en reine dans la cuisine ottomane. Qui est-elle ?

Transe, ripailles et émergence. Revue Hypnose Thérapies Brèves 31
HYPNOSE DÉTOURNÉE ET EMPRISE FLASH. NOUS DEVONS DIRE NON. Yves HALFON

Le mot « hypnose » est noble », mais il y a des manières « inacceptables » d’utiliser l’hypnose. Voici quelques réflexions sur la survenue médiatique de l’hypnose de rue, de l’hypnose « flash » et de l’utilisation malencontreuse de ces pratiques par des individus sûrement ignorant de la dangerosité de ces méthodes sur les personnes. A propos de l’utilisation inappropriée et choquante de l’hypnose par les hypnotiseurs de rue et de music-hall, et avec parfois la complicité naïve des sujets victimes de cette manipulation, nous pouvons dire qu’il se crée une relation perverse, qui pourrait être préjudiciable à la personne qui se prête au jeu du manipulateur.

Mercredi 20 Novembre 2013
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